Dans l’infolettre de mai 2025, on rappelait le sort des mères célibataires qui ont accouché à l’hôpital de la Miséricorde à Montréal. On constate que le sort des mères célibataires irlandaises et de leurs enfants était également tributaire de la morale catholique interdisant toute sexualité en dehors des liens du mariage.
Agence France-Presse, 16 juin 2025, « L’exhumation de 796 bébés dans un foyer religieux se prépare »
Les premières exhumations des 796 enfants enterrés sans sépulture entre 1925 et 1960 dans un foyer religieux en Irlande ont débuté ce lundi 14 juillet, plus de dix ans après la découverte du site. Objectif : retrouver, identifier si possible et inhumer dignement les restes de ces enfants, dont de nombreux nouveau-nés.
Marianne avec AFP, 14 juillet 2025, « En Irlande, l’exhumation des 796 bébés retrouvés morts dans la fosse commune d'un foyer religieux débute »
Plus de dix ans après la découverte du site, les premières exhumations des 796 enfants enterrés sans sépulture entre 1925 et 1960 dans un foyer religieux en Irlande ont débuté, ce lundi 14 juillet. Une équipe de 18 personnes, venues du Royaume-Uni, d’Espagne, des États-Unis, d’Australie ou encore de Colombie, ont fait les premières exhumations du site, après avoir bouclé le périmètre à la mi-juin. Cette opération doit durer deux ans.
Au total, ce seront quelque 5 000 mètres carrés de terrain à ratisser, à la recherche des enfants oubliés du foyer St. Mary des « Sœurs du bon secours » à Tuam, dans l’ouest du pays. Objectif : retrouver, analyser, identifier si possible et inhumer dignement les restes de ces enfants, dont de nombreux nouveau-nés.
À l’époque, dans une Irlande profondément marquée par le catholicisme, les femmes enceintes hors mariage — parfois âgées d’à peine 14 ans — étaient enfermées dans ces foyers sous l'impulsion de l'État et de la puissante Église catholique, qui les géraient souvent de concert. Elles y accouchaient avant d'être séparées de leurs enfants, souvent donnés à l’adoption ou décédés — des suites de maladie ou de malnutrition — sans avoir été baptisés.
Un processus très lent
Cette quête, qui vise à sortir des centaines d’enfants de l'oubli, a commencé en 2014. À cette date, Catherine Corless, une historienne locale, est la première à tenir un décompte des victimes et met à jour des preuves détaillées attestant de leur décès dans ce foyer. Ses recherches conduisent à la découverte d’une fosse commune, dans laquelle les sœurs alignaient les corps.
Dans le pays, les recherches de l’historienne provoquent une onde de choc. « Il n’y avait aucun registre d’enterrement, pas de cimetière, pas de statue, pas de croix, absolument rien », souligne cette Irlandaise de 71 ans à l’AFP. Pour autant, du côté des autorités, personne n’a réagi. « Ils ne voulaient rien écouter, explique-t-elle. Je suppliais : “Sortez ces bébés de ces égouts, offrez-leur l’enterrement chrétien digne qu’on leur a refusé!” » En vain.
Les choses ne bougent qu’en 2021, alors qu’une commission d'enquête nationale sur les maltraitances infligées dans ces foyers souligne des niveaux de mortalité infantile « alarmants » dans ces institutions. 9 000 enfants y sont morts, selon la commission d'enquête. Cette dernière a également établi que 56 000 femmes célibataires et 57 000 enfants sont passés par 18 foyers de ce type entre 1922 et 1998.