Nouvelles et actualités

Toutes les nouvelles et actualités

Rappel historique : Gloria Baylis remporte une victoire historique conte le racisme au travail

Articles - Image d'intro

Gloria Baylis, la femme au cœur d’une victoire historique contre le racisme au travail
« Il y a 60 ans, elle obtenait gain de cause dans un jugement crucial en matière de discrimination au Canada. »
Stéphanie Marin, 13 décembre 2025.

Il y a 60 ans, une infirmière noire s’est levée dans une salle de cour à Montréal pour témoigner et ainsi dénoncer une injustice raciste. Le courage de Gloria Baylis a mené à un jugement historique en 1965 : pour la première fois, dans l’histoire du Canada, une entreprise a été reconnue coupable de discrimination raciale en matière d’emploi.

“Une victoire retentissante”, a souligné en entrevue le directeur général et fondateur du Centre culturel afro-canadien de Montréal, Allen Alexandre, qui a récemment organisé une conférence pour rappeler ce jugement marquant.

“C’est une histoire de courage, de détermination. Son combat était réellement pour changer les choses, pas pour elle-même.”

Tout ce que voulait Gloria Baylis en ce jour de septembre 1964 était de se trouver un emploi à temps partiel, plutôt qu’à temps plein, afin d’avoir plus de temps pour s’occuper de ses deux jeunes enfants. Née à la Barbade, formée en Angleterre et forte de son expérience de travail dans des hôpitaux montréalais, elle voit une petite annonce dans The Montreal Gazette et décide de postuler pour le poste à temps partiel offert à l’hôtel Reine Elizabeth de Montréal. Elle s’y rend en personne, mais se fait dire que les deux postes d’infirmières annoncés sont pourvus.

Elle le mentionne à une bonne amie qui devait aussi postuler le poste à temps plein. Celle-ci est étonnée : elle a une entrevue sous peu. Mme Baylis décide donc d’appeler l’hôtel le lendemain : au téléphone, personne ne voit la couleur de sa peau. Elle se fait dire que les deux emplois affichés sont encore disponibles et qu’elle peut venir remplir un formulaire.

Avec l’aide de la Negro Citizenship Association (NCA), Mme Baylis dépose une plainte.

Le procès

L’hôtel tente toutes sortes de défenses. Il se dit contre la discrimination et avance comme preuve avoir des employés noirs. Il prétend que Mme Baylis ne parle pas assez bien le français — elle travaillait pourtant déjà comme infirmière dans cette langue. Il ajoute qu’il y a eu confusion ce jour-là : l’employé à qui elle a parlé en personne n’était pas le responsable de l’embauche et ignorait certaines informations. (…)

 

Le 4 octobre 1965, le tribunal a conclu que l’hôtel avait violé la Loi sur la discrimination en matière d’emploi au Québec, qui venait tout juste d’être adoptée, et lui impose une amende de 25 $. Le juge estime que Gloria Baylis a été traitée différemment des autres personnes ayant postulé pour le même poste, en raison de sa race et de sa couleur, et non pas de ses compétences.

L’hôtel fait appel de cette décision pendant 11 ans. En 1977, la Cour d’appel du Québec met un terme au débat en confirmant la condamnation initiale et en écrivant que “la discrimination dans l’emploi est contraire à l’intérêt public.” (…) Avec ce jugement, “on renversait des normes sociales”, a renchéri M. Alexandre. (…)

Il n’y a pas eu de célébrations quand les efforts judiciaires de Mme Baylis ont été couronnés de succès. “Je crois qu’il n’y avait pas d’intérêt à regarder de près la présence du racisme au Canada”, dit-elle. Mais elle se réjouit désormais de se faire approcher par des jeunes qui lui disent que les actions de sa mère ont changé les choses.

Rappeler son histoire peut aider les gens à se tenir debout, opine M. Alexandre. C’est peut-être celle d’une personne noire, mais “elle appartient à tout le monde”, ajoute-t-il en soulignant que sa victoire a bénéficié à bien d’autres communautés.

Gloria Baylis a continué de pratiquer comme infirmière pendant des années et a ensuite fondé la Baylis Medical Company, une fondation qui finance divers projets en santé et qui porte son nom.

En 2017, l’année de son décès, le poète officiel du Canada lui a dédié un poème : « Hommage à Gloria Clarke Baylis : pionnière de la défense des droits de la personne au Canada ».

Dès janvier 2026, une exposition lui sera consacrée au Centre Sanaaq à Montréal. Le centre Sanaaq, dont le nom a pour racine le mot fabriquer en Inuktitut, est situé au 1 200 de Sussex (métro Atwater).

Retour à la liste des nouvelles