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Pauline Julien, femme de parole et de combats, portée au grand écran

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Réalisé par Anaïs Barbeau-Lavalette, le film raconte la vie de la chanteuse en deux temps : les années de gloire de sa carrière, puis son engagement social et politique. Elle raconte aussi sa fin de vie, au moment où elle a reçu un diagnostic d’aphasie dégénérative.

Voici la bande annonce :
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François Lévesque, le 25 septembre, Le Devoir

On rencontre Pauline Julien quelque part dans les années 1970, lors d’une fête organisée sur la propriété champêtre qu’elle partage avec Gérald Godin. Complicité et moments de félicité. Avance rapide une vingtaine d’années plus tard, dans le bureau d’une neurologue, pour un terrible diagnostic : Pauline est atteinte d’aphasie.

C’est dire que, d’ici peu, cette chanteuse engagée, féministe et souverainiste, cette femme de parole, en somme, perdra entre autres choses cette exacte faculté. S’ensuivent, tel un flot de réminiscences enchevêtrées, des fragments de la vie extraordinaire d’un être non moins remarquable. Dans Pauline Julien. Femme pays, d’Anaïs Barbeau-Lavalette, Suzanne Clément irradie.

Dès les premières secondes, la présence dans le rôle-titre de la vedette de Laurence Anyways, Mommy et L’origine du mal tombe sous le sens. En effet, Suzanne Clément possède, entre autres qualités, charisme, fougue et assurance : qualités dont Pauline Julien était également dotée.

Pour autant, Clément ne donne jamais dans l’imitation, que ce soit dans la gestuelle, la posture ou la voix chantée (que l’actrice a du reste fort belle). Non seulement la comédienne s’approprie Pauline Julien, mais elle incarne la vision de cette dernière qu’Anaïs Barbeau-Lavalette et sa coscénariste Véronique Côté ont couchée sur papier.

Et ladite vision s’avère captivante.

Morcelé et impressionniste

En cela que le film ne propose pas l’hagiographie d’un monument, mais plutôt le portrait morcelé et impressionniste d’une femme complexe. Après tout, chaque lumière ne découpe-t-elle pas sa part d’ombre?

Bref, on est en présence d’une « vivante » et non d’une « statue », pour reprendre les mots de Véronique Côté.

Défilent la carrière en France assortie de cette amitié indéfectible avec la chanteuse Anne Sylvestre (inattendue mais fabuleuse Violette Chauveau), la crise d’Octobre avec l’arrestation de Pauline et Gérald, les grandes années du Parti québécois, le référendum de 1980… le tout, entrecoupé de passages dans ce présent gris, mais non dénué de poésie…

Instants de grâce

De par sa structure non linéaire, le film nécessitait un travail de montage délicat. À cet égard, Anaïs Barbeau-Lavalette a judicieusement recouru aux services du confrère cinéaste, et monteur, Stéphane Lafleur.

D’ellipses en souvenirs qui surgissent puis se dissipent avant d’être remplacés par d’autres remémorations, le fil narratif demeure solide. À travers ces va-et-vient temporaux s’imposent quelques instants de grâce.

On pense à cette version a capella de La Manic qu’entonne sans flafla une Pauline Julien venue encourager de manière impromptue les travailleurs du grand barrage après avoir été émue par leur solitude dans un reportage.

À l’issue de la chanson, dans l’une de ses plus belles idées de mise en scène, Anaïs Barbeau-Lavalette montre les bras des conjointes absentes qui enlacent les hommes en une sorte de projection mentale montrant ce que ces derniers ressentent en écoutant Pauline Julien. Larmes assurées.

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