Livre : Oser l’universalisme. Contre le communautarisme
Trois innovations idéologiques sont apparues ces derniers temps en France dans les milieux intellectuels, culturels et universitaires : la première est la réduction des revendications politiques à des questions d’« identité »; la deuxième est la dérive du féminisme vers un courant différentialiste plutôt qu’universaliste et vers des formes d’action radicales; la troisième est la tentative de supprimer les discours considérés comme indésirables plutôt que de les affronter dans un débat. « Identitarisme », « néo-féminisme », « nouvelles censures » (ou « cancel culture »), selon le découpage choisi pour le présent recueil : ces trois tendances importent des idées et des pratiques qui se sont développées dans la dernière génération sur les campus et dans les milieux artistiques nord-américains…
Nathalie Heinich est sociologue, directeur de recherche classe exceptionnelle au CNRS, auteur d’une quarantaine d’ouvrages (traduits en une quinzaine de langues) portant sur le statut d’artiste et la perception esthétique, l’art contemporain, les crises d’identité, l’épistémologie des sciences sociales et les valeurs.
Cinéma : Ma fille tu seras libre
Si Ma fille tu seras libre atterrit sur nos écrans ces jours-ci, c’est d’abord grâce à un fait divers publié dans un quotidien, sur lequel Marie Vien (La passion d’Augustine, 2015) est tombée par hasard il y a plus de 10 ans. « Une femme y disait qu’elle souhaitait absolument que sa fille soit vierge pour son mariage. Un autre article citait Madeline Lamboley, une chercheuse spécialisée dans les mariages forcés à Montréal, qui en détaillait toutes les nuances. Ça a marqué mon esprit, et j’ai tout de suite voulu entamer des recherches. »
Au cours des cinq années suivantes, la scénariste a rencontré la spécialiste à plusieurs reprises, en plus de visiter des maisons de femmes victimes de violence et le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, de discuter avec plusieurs Afghanes et d’effectuer beaucoup de recherche documentaire.
« Tout au long de mes démarches, je mettais en doute ma légitimité. Comment pouvais-je m’autoriser à écrire un scénario sur le mariage forcé, moi, une femme blanche si loin de cette réalité? Puis, l’une des femmes afghanes que j’ai rencontrées m’a dit : “Si toi, tu ne l’écris pas, personne ne va le faire.” »
En 2021, en regardant les nouvelles à CNN, Marie Vien entend la réalisatrice Sahraa Karimi, première femme à présider l’organisation Afghan Film, expliquer qu’elle a été forcée de fuir l’Afghanistan lors de la prise de Kaboul par les talibans. « Je devais absolument lui parler. Je lui ai envoyé le scénario du film, et elle y a cru. Elle est devenue productrice exécutive du film. »