Journées importantes pour les droits des femmes

Données brouillées, droits fragilisés : la préséance du genre sur le sexe inquiète, en ce 8 mars 2026

Données brouillées, droits fragilisés : la préséance du genre sur le sexe inquiète, en ce 8 mars 2026

Ce texte a été publié sur notre plateforme Substack le 8 mars afin de souligner La journée internationale des droits des femmes.

Pour la journée du 8 mars, PDF Québec veut sensibiliser ses membres à l’importance de données statistiques fiables sur le sexe et sur le genre pour les politiques des secteurs privés et publics, car au mois de mai prochain, nous devrons répondre au questionnaire du recensement canadien. PDF Québec est grandement préoccupé par la teneur idéologique de ce questionnaire depuis 2021. En effet, Statistique Canada a introduit dans ses questionnaires la notion de genre, puis a donné préséance à cette variable plutôt qu’à celle de « sexe ».

Le concept de sexe renvoie au parcours développemental des êtres humains qui produisent de gros gamètes et de petits gamètes, respectivement les femmes et les hommes. Le genre désigne quant à lui un ensemble de stéréotypes différenciés selon les sexes et variant d’une culture à l’autre, ou encore le ressenti quant à l’identité de la personne, ce que l’on nomme l’identité de genre.

Dans tous les recensements, jusqu’à très récemment, les questions sur le sexe, l’âge, l’état civil et le revenu étaient les premières posées. Le sexe est une variable incontournable pour comprendre les phénomènes humains.  

Le fait de donner préséance au concept de genre plutôt qu’à celui de sexe altère de manière substantielle la fiabilité des données, ce qui fausse l’analyse et le suivi des phénomènes sociaux et complique l’élaboration de politiques éclairées en matière d’égalité des chances entre les sexes.  

Comment suivre l’évolution de l’écart entre les revenus des femmes et des hommes? En quoi la réalité des familles monoparentales diffère-t-elle en raison du sexe du parent qui la dirige? Qu’en est-il de la violence conjugale : qui en sont les principales victimes et le sexe des responsables? Ce ne sont que quelques exemples de problèmes que cela pose, et le recensement de 2026 ne permettra pas d’obtenir des réponses précises à ces questions pour élaborer des politiques efficaces favorisant l’égalité des sexes.

Dans les dernières années, nous avons vu les institutions publiques fédérales et provinciales déconstruire la définition du sexe pour répondre aux attentes de l’idéologie queer. On tente de remplacer le sexe par le genre, en définissant le sexe comme une « catégorie sociale ». On mêle également les causes et les conséquences du sexe en mentionnant, par exemple, la rare apparence ambiguë des organes génitaux comme la preuve d’un spectre sexuel.

L’identité de genre : un concept problématique

Si certains affirment avoir une identité de genre et en faire le cœur de leurs revendications, la plupart des gens ne savent pas ce que cela signifie concrètement. Que veut dire de s’identifier comme homme, femme, les deux ou ni l’un ni l’autre? Aimer porter des robes? Préférer les sports aux activités artistiques? Est-ce à dire que Statistique Canada bâtira ses données sur la base de stéréotypes?  

L’idéologie de l’identité de genre met à mal des années de refus des stéréotypes sexuels. En effet, on avait socialement accepté qu’une femme puisse être masculine ou qu’à l’inverse, un homme puisse être féminin. Maintenant, les jeunes au genre non conforme pensent parfois à se médicaliser pour se transformer physiquement. Cette idéologie invalide également l’attirance des homosexuels pour les personnes de même sexe, en redéfinissant l’homosexualité comme une attirance pour les personnes de même genre.

D’ailleurs, l’organisme de défense des droits des gais et lesbiennes LGB Alliance croit que cette notion d’identité de genre, qui ramène à l’avant-plan les stéréotypes sexuels, constitue un recul pour leurs droits : « En tant que lesbiennes, bisexuel·le·s et hommes gays du Canada, nous rejetons la nouvelle homophobie qui se dit “progressive”. ... Des idées radicales et non scientifiques au sujet de la sexualité, du sexe et du genre se sont infiltrées parmi le grand public sans avoir été proprement examinées. »

À la suite du recensement de 2019, où les Britanniques pouvaient répondre en fonction de leur sexe autodésigné, la secrétaire d’État à la science, à l’innovation et à la technologie de la Grande-Bretagne a demandé à Alice Sullivan une étude sur les données concernant le sexe et le genre. Cette étude a été publiée en juillet 2025. Elle révélait de nombreuses anomalies, par exemple, un plus grand pourcentage de personnes transgenres chez les citoyens dont la langue maternelle n’est pas l’anglais, des statistiques de mauvaise qualité dans le domaine du sport ou en cas de harcèlement sexuel. Pour cette sociologue, il en résulte que des décennies de statistiques ont été compromises. En l’absence d’une distinction entre les deux concepts, il ne serait selon elle plus possible de mesurer le sexisme ou de faire un portrait juste de la santé des hommes et des femmes.

Le Royaume-Uni a un code de pratique des statistiques ainsi qu’un Office of Statistics Regulation indépendant du gouvernement britannique. En 2024, cette instance a averti que les statistiques sur l’identité de genre ne rencontrent pas les normes officielles et devrait être qualifiées de « statistiques en développement ».

En terminant, dans son récent ouvrage Les sciences sous ma loupe, le sociologue des sciences Yves Gingras citait Albert Camus, qui disait : « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur du monde » pour introduire l’idée de l’importance de bien choisir les mots afin de nommer de manière claire les réalités à l’étude. Nous pensons que les femmes n’ont surtout pas besoin que l’on brouille les mots pour défendre leurs droits. Elles ont besoin de concepts clairs, de catégories rigoureuses et d’un langage qui permet de décrire avec précision les réalités matérielles qui fondent leur condition.

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