Michèle Sirois a assisté au webinaire organisé par la CLES (Concertations des luttes contre l’exploitation sexuelle) pour souligner l’adoption de la loi de 2014 qui a renversé la criminalité vers les clients et proxénètes qui bénéficient de la prostitution. Avant cette loi, c’étaient les prostituées qui étaient considérées comme criminelles. Dans le cadre de cette loi, les clients sont incités à suivre des rencontres de sensibilisation.
L’animatrice, Martine B. Côté, a présenté des données fort intéressantes : entre 2020 et 2025, le Québec est la province qui avait épinglé le plus de clients de 18 ans et plus (630 affaires pour obtention de services sexuels sur un total de 2 469 pour tout le Canada).
Deux conférencières fort intéressantes ont fait le portrait des clients à travers le programme C3CESSES visant à « Protéger nos jeunes et renforcer la lutte contre l’exploitation sexuelle, qui confirme la volonté du gouvernement du Québec de poursuivre les efforts de prévention, de protection et d’intervention face à l’exploitation sexuelle.»
Selon la sexologue Catherine Pouliot, intervenante au programme C3ESSES de la Montérégie, les prostitueurs ont des motivations diverses allant de l’insatisfaction dans le couple, au besoin de vengeance par rapport à des partenaires, en passant par le besoin de réconfort émotionnel, de validation narcissique ou l’expérimentation de fantasmes. Une forte proportion des clients sont en couple, 70% sont des clients occasionnels, mais il a aussi ceux qui consomment régulièrement de la prostitution, certains de façon plus compulsive (plusieurs fois par semaine). Les clients se justifient souvent par l’affirmation de besoins sexuels des hommes ou parce que les prostituées désirent aussi ces relations sexuelles tarifées. Une conférence fort bien documentée et nuancée de Catherine Pouliot.
La seconde intervenante, Gabrielle Giroux, en tant que survivante de la prostitution, termine la journée collective de sensibilisation par des témoignages qu’elle qualifie elle-même de «trash». Elle leur révèle que les prostituées font semblant d’avoir du plaisir afin de rapporter de l’argent à leur proxénète et éviter ainsi des actes de violence de la part de celui-ci. Tout un choc pour ces consommateurs de prostitution qui veulent se déresponsabiliser des conséquences de la prostitution sur les femmes. Comme consolation, Gabrielle Giroux nous a témoigné du bienfait que cela lui faisait de dire leur fait aux clients. On l’a salue pour ce courage et l’authenticité de son témoignage.
Le webinaire se terminait avec Martine B. Côté qui nous a informées sur les forums de clients qui font des critiques, commentaires et présentant un système de notation des femmes prostituées, portant des titres comme « votre no 1 fellation», «photos bizarres», etc. où les femmes asiatiques semblent être les plus fétichisées.
Bref, si on en doutait encore, on doit constater que les femmes prostituées sont des marchandises offertes et évaluées sur le marché des services sexuels.
